14 · Manque · Tension · Transgression · Un mariage - puis chez elle
La Demoiselle d’honneur
« On ne s'appartient pas, mais on ne peut plus s'ignorer »
La bande-son de cet instant
On s’était promis d’être prudents
De faire comme si
Comme si ce n’était rien
Que tu m’avais seulement déposé chez moi lors de l’EVG/l’EVJF
Une parenthèse
Le mariage, c’était la fin
Ou du moins, ça devait l’être
On avait convenu de se comporter comme deux inconnus
Deux silhouettes parmi les autres
Elle, témoin
Moi, simple invité
Et pourtant..
Un regard trop long, un sourire trop timide
Un « bonjour » trop neutre, presque trop parfait
Elle salue tout le monde
Puis moi, comme les autres
Mais son regard me trahit
Il s’attarde
Et moi, je le reçois comme une brûlure douce
Les effleurements sont furtifs
Une main au détour d’un plat
Un genou sous la nappe
On se parle peu
Mais on se cherche
On s’écoute rire
On s'observe à distance
Chaque geste compte
Je passe déposer un plat dans la cuisine
Elle entre juste après
Pas un mot
Mais un espace trop clos
Et une tension trop lourde
Je m’approche
Elle ne recule pas
Je lui vole un baiser
Elle reste immobile, le souffle court
Et je repars, sans un mot
Comme si de rien n'était
Mais tout avait recommencé
On s’évite
Mais on s’attend
Chacun de nos échanges, même anodins, porte le poids de ce qu’on ne dit pas
Un toast, un regard
Un pas de danse trop proche
Un silence entre deux phrases
Et la fissure s’ouvre
Elle ne veut pas partir tout de suite
Moi non plus
Les autres rentrent
Je la regarde
Elle baisse les yeux
- Tu dors dans ta tente ?
- Je sais pas. Et toi ?
- Je rentre chez moi, avec toi..
Le trajet est silencieux mais chargé
On sait que l’on ne devrait pas
Mais on le fait
Les clés tournent
La porte se ferme
Et tout ce qu’on a contenu explose enfin
Dans les gestes, les soupirs, les murmures
Dans cette fissure où s’engouffrent nos désirs
Nos contradictions
Et cette drôle de vérité :
On ne s’appartient pas
Mais on ne peut plus s’ignorer