36 · Nostalgie · Tendresse · Vertige · Musée de l'Illusion, Lyon
Les illusions
« Même dans l'illusion, le désir ne ment jamais »
La bande-son de cet instant
Une bise légère, presque sage
Mais déjà.. ce frisson
On se dirige vers le bar que j’avais proposé
Quand elle arrive à ma hauteur, j’ai l’impression que la pièce se resserre un peu
On s’installe l’un à côté de l’autre
Nos épaules se frôlent par moments
Nos corps se rapprochent à mesure que les mots s’échangent
Nos silences aussi
Elle rit
Et moi, je fonds
À chaque sourire, je me surprends à la regarder un peu trop longtemps
On parle de tout.. de rien.. de ce qu’on n’a jamais osé dire par message
On comble les blancs de nos conversations passées
On se provoque, on se teste, comme un jeu silencieux
Parfois son genou touche le mien
Je fais semblant de ne pas le remarquer
À l’intérieur, tout s’agite
Son regard me défie, son sourire m’invite
Je sens que ce soir, on a tous les deux envie d’aller un peu plus loin
Sans oser le dire à voix haute
Elle ajuste sa veste
Un geste simple mais je ne vois que ses mains
Et sans vraiment se parler, nos mains se trouvent
Ses doigts se glissent entre les miens comme si c’était déjà une habitude
Mon coeur rate un battement
Le chemin jusqu’au musée est court
Mais chaque pas renforce le lien invisible qui s’est tissé entre nous
On parle moins
On se sent plus
On entre dans le musée de l’illusion
Elle m’invite à monter
On grimpe les escaliers côte à côte
La première illusion est un immense miroir
Je décide de m’allonger pour mieux observer la scène
Elle hésite une seconde
Puis elle me rejoint
Son visage au dessus du mien
On rigole de la situation
Je me dis que j’aimerais bien figer ce moment là
Le musée continue, illusion après illusion, comme nos débuts
On se découvre dans ces reflets déformés
On prend des photos.. d’elle.. de moi.. de nous
Des souvenirs de ce début marquant et singulier
Je sens que ce n’est pas un date comme les autres
En clôturant l’étage, on aperçoit des personnes sortir d’une salle
Une salle de miroirs qui nous a échappé
Ou peut être qu’elle nous était destinée pour la fin
On entre
La porte se referme doucement derrière nous
Le silence se fait
Elle est là
Partout
Son reflet me trouble
Je ne sais plus où regarder
Alors je choisis ses yeux
Je m’approche
Je lui chuchote
« Tu as vu comme on est beaux.. sous tous les angles »
Elle rit doucement
Ses joues rougissent un peu
Je la prends par la taille
Cette fois, c’est elle qui se rapproche encore
Mon souffle trouve son cou
Je sens sa peau frissonner sous mes lèvres
Ses yeux brillent dans le reflet
Comme si elle se voyait elle aussi à travers mon regard
Ma bouche suit la courbe de son épaule
Mes mains glissent sur son tissu
Je la touche avec précaution
Comme si chaque geste pouvait tout changer
Chaque miroir renvoie un autre angle.. un autre nous
Une version un peu plus proche
Un peu plus sincère
Un peu plus abandonnée
Elle frissonne
Ses doigts attrapent les miens, les guident
Elle se laisse entourer
Nos corps se cherchent à travers le labyrinthe de verre
Et même si nous nous perdons un peu
On se retrouve toujours
Ici, loin du reste du monde
Tout est simple.. évident
Même dans l’illusion, le désir ne ment jamais..