23 · Silence · Transgression · Vertige · Une piscine - le vestiaire
Le vestiaire
« Ce silence brûlant, celui où tout peut basculer »
La bande-son de cet instant
Lendemain de concert très arrosé
Je repense à cette femme
Ce bisou volé entre 2 musiques
Je rejoins les copains à la piscine
L’eau est fraîche, presque trop
Mais je souris en pensant à elle
À la chaleur de sa bouche, à la douceur de ce moment volé
Les autres parlent, rient, s’arrosent
Moi, je flotte un peu ailleurs
Je sors du bassin, l’eau glisse le long de mon dos
Et là, sur un transat, je la vois
Elle
Ses lunettes noires, sa serviette blanche, son air faussement détaché
Mon cœur rate un battement
Je m’approche sans vraiment savoir pourquoi
Elle retire lentement ses lunettes
Son regard me traverse
Pas un mot, juste ce silence chargé qui dit tout
Je murmure : « Je pensais t’avoir rêvée hier soir »
Elle esquisse un sourire
« Peut-être que tu rêves encore »
Elle se lève, attrape son sac
« Je vais me changer », lance-t-elle doucement
Et s’éloigne vers les vestiaires
Je reste un instant immobile
Son parfum flotte encore dans l’air
Je ne devrais pas y aller
Mais mes pas décident avant ma tête
Le couloir est vide
Les murs humides renvoient des échos de voix lointaines
Une porte entrouverte
La lumière tamisée
Je pousse doucement
Elle est là, dos à moi
Ses doigts défaisant lentement les nœuds de son maillot
Ses épaules encore mouillées brillent sous la lumière
Je retiens mon souffle
Elle s’arrête, sans se retourner
« Tu comptes rester là longtemps ? »
Je m’avance d’un pas
« J’essaye de savoir si je rêve encore »
Elle rit, doucement
Se retourne, lentement
Ses yeux plongent dans les miens
Le temps se plie autour de nous
Je m’approche
Mes doigts frôlent sa nuque, puis sa joue
Elle ferme les yeux une seconde, puis les rouvre
« Alors.. ne te réveille pas tout de suite »
Elle m’attire par la serviette qu’elle tenait encore
Nos corps se rapprochent, se reconnaissent
L’odeur du chlore, mêlée à celle de sa peau, m’enivre
Nos souffles se croisent, hésitent, s’accordent
Je sens la chaleur revenir, plus forte encore qu’hier
Dans ce vestiaire humide, tout devient flou
Les bruits de la piscine disparaissent
Il ne reste qu’elle, son regard et ce silence brûlant
Celui qui précède les gestes
Celui où tout peut basculer..