34 · Silence · Transgression · Vertige · Tadoussac, Québec
La traversée
« Entre l'eau et le feu »
La bande-son de cet instant
On roulait depuis des heures
Le paysage changeait, lentement
On remontait vers Tadoussac
Les pins, les courbes, la nuit qui tombait
Il était un peu plus de 22h
Le ciel avait viré au noir
Et le brouillard s’était invité, épais, magnétique
On ne savait pas trop où on allait
Juste cette route qui descendait vers l’eau
On pensait trouver un pont
C’était un bateau
Un traversier immense et silencieux
Comme sorti de nulle part
On nous demande de nous garer à l’intérieur
On obéit, on coupe le moteur
Et on sort
Pour respirer
Pour voir
Pour comprendre ce qu’on traverse
Il y a peu de monde
Quelques voitures
Quelques silhouettes
Et cette brume qui rend tout irréel
On marche
Main dans la main
Presque en apnée
Et quelque chose se glisse entre nous
Une tension
Ravivée par l’étrangeté du moment
Je t’attrape par la taille
Tu ne recules pas
Tu souris
Comme si toi aussi, tu sentais que ce bateau nous emmenait ailleurs
Pas juste de l’autre côté de la rivière
On trouve un coin discret
Un recoin contre le métal froid
Ton dos contre la paroi
Mes mains qui glissent sous ton pull
Ton souffle qui change
On s’embrasse
Longtemps, lentement, puis plus fort
Le monde autour disparaît
Jusqu’à ce qu’un bruit nous surprenne
Une voix, un pas
Quelqu’un qui passe un peu trop près
On s’arrête
On retient nos rires
Nos souffles
Et sans un mot, on grimpe plus haut
À l’étage supérieur
Plus sombre
Plus calme
Là, contre le vent
Contre la nuit
On se retrouve
On s’embrasse à nouveau
Cette fois sans hésiter
Sans retenue
Tes mains sous ma veste
Les miennes sur ta peau
Le métal gronde doucement sous nos pieds
Le bateau avance
Et nos corps se cherchent
Se prennent
Se reconnaissent
Là, dans le silence chargé de brume
Ni le froid, ni la peur d’être vus
Rien ne compte
Tes yeux accrochés aux miens
Ta peau contre la mienne
Mes mains qui retiennent le moment
Juste assez pour qu’il dure
Et pendant que le bateau traverse la rivière
Nous, on traverse un autre fleuve
Plus profond
Plus instinctif
Plus interdit
Quand tout s’apaise
Tu glisses ta main dans la mienne
Un dernier frisson nous traverse
Le bateau accoste
Mais nous, on est encore ailleurs
Suspendus
Entre l’eau
Et le feu